ça s’affine…

Bientôt 2 ans que ma vie a pris un étrange tournant, et que mes stylos et cahiers de bureau ont été remplacés par des tire-bouchons et des verres à vin.
Beaucoup de chemin parcouru, de livres lus, de conversations entendues, de paroles bues…
Le vin est devenu mon métier, une passion au centre de ma vie.
Seulement, je me pose encore beaucoup de questions.
En sais-je assez ? Evidemment non. Mais en sais-je assez pour être légitime ? Pour donner du plaisir aux autres ? Pour convaincre ?
A côté de ça, mes goûts, mon palais, ma consommation ont changés.
Je ne bois pas moins (hahaha), mais je bois mieux. Des vins que je connais, et que je sais bien faits, pour moi cela signifie dans le respect de la terre et des hommes et femmes qui y travaillent.
Et j’aime « éduquer » les autres à cette notion qui est pour moi primordiale.
J’ai déjà parlé du Bio dans un autre article, je ne vais pas refaire le même discours, mais je veux affiner ce que j’ai déjà décrit: je vous encourage tous à retrouver le bon sens paysan. Un vin bio n’est pas forcément meilleur. Un vin Bio n’est pas forcément plus sain. Ne pas s’enfermer, voir se vautrer dans un carcan, un dogme. Pour faire simple: ce n’est pas parce que le vin est labellisé qu’il est bon !
On ne parle que du bio partout et tout le temps, mais n’oublions pas que c’est seulement 12% du vin en France. Ce qui vous laisse 88% de vin pas bio potentiellement délicieux à déguster.
Evidemment, les vignerons ont pris conscience qu’ils ne pouvaient plus balancer de Roundup à tout va dans leurs parcelles, et d’ailleurs, peu sont les vignerons qui appliquent la politique de l’autruche à ce sujet… Ils ont tous pris conscience des enjeux environnementaux, écologiques, économiques et humains. Nous savons notamment aujourd’hui que certains cancers sont liés aux produits phyto balancés par les agriculteurs et les viticulteurs. Nous savons aussi que vivre à la campagne, c’est nocif.
Mais le passage de la culture raisonnée à la culture bio n’est pas toujours évident, et fait se poser aux vignerons beaucoup de questions. Je m’explique: Un vigneron labellisé bio n’a pas le droit d’utiliser de produits de synthèse. Un vigneron en culture raisonnée, si.
Problème: Une énorme alerte de maladie se déclare à quelques semaines des vendanges, le risque est de perdre toute la récolte !
Que fait le vigneron ?
En bio, il va passer dans ses vignes avec un produit qui n’est pas de synthèse, certes, mais qui est moins efficace, et qui nécessite plusieurs passages.
En raisonné, le vigneron a le droit d’utiliser un produit de synthèse, qui fonctionne rapidement, et qui ne demande pas plusieurs passages.
Vous allez me dire:  » C’est le bio qui a raison ! »
Pas forcément… Vous oubliez le diesel du tracteur utilisé, et l’empreinte carbone. La perte de temps. Le risque que le produit ne marche pas.
—> ce n’est pas tiré par les cheveux, c’est du bon sens !
Le vigneron raisonné, quant à lui, essaie dans la mesure du possible de traiter avec des produits bio, mais quand ce n’est pas possible, ce n’est pas possible. Si le produit qui peut sauver sa récolte n’est pas un produit bio, il a le choix de l’utiliser. (Rappelons que beaucoup de produits n’existent pas encore en label AB…)
In fine, on oublie trop souvent l’approche GLOBALE dans le bio.
Et les consommateurs se ruent sans réfléchir. Aveuglément.
Comprenez-moi bien, je n’ai rien contre le vin bio. le domaine où je travaille va d’ailleurs amorcer une conversion dans quelques temps. Mais pas de gaieté de cœur, ni pleinement convaincu ! Uniquement parce qu’il ne faut pas « louper le coche commercial » et risquer de perdre des marchés, dans la mesure où les gens ne jurent plus que par cette conduite.
Mais nos vins ne seront pas meilleurs. Ni même plus sains. Il y aura certes moins de rendement, mais il y aura toujours des traces de quelque chose dans les sols, il y aura toujours du soufre (même plus, puisque le soufre et le cuivre sont les deux médicaments phares en bio !) et il y aura toujours d’autres vignerons qui traiteront dans la parcelle d’à côté. Et croyez-moi, c’est comme Tchernobyl, ça ne s’arrête pas à la frontière….
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2017: Peu mais…

Le gel printanier qui a frappé nos vignobles de plein fouet en avril dernier a été ravageur pour tout le monde. Un précédent Post vous l’expliquait. En revanche, le peu de raisins qui ont été récoltés fut d’une qualité exceptionnelle. En effet, l’été a amené une parfaite alternance pluie/soleil, et le millésime 2017 est vraiment beau… il faut donc retenir cette année et ne pas trop tarder à vous en procurer car il n’y en a pas beaucoup ! Ici au domaine,nos rosés sont déjà commercialisés, (pas d’élevage pour ces vins, ils sont rapidement mis en bouteilles près fermentation), les couleurs sont lumineuses et l’équilibre est à tomber par terre. Nous croisons tous les doigts pour que le gel ne nous retombe pas dessus au printemps. Contrairement à ce que les gens pensent,ce n’est absolument pas grave que nous ayons traversé une grosse vague de froid en février, avec neige et gel. En effet,cela donne plutôt un bon message aux vignes qui comprennent bien que c’est l’hiver, et qu’il faut attendre avant de faire remonter la sève et de bourgeonner ! Les vignes ont besoin de saisons et de messages clairs liés à celles-ci. Elles sont intelligentes…. La saison de la taille est par ailleurs terminée, il faut maintenant s’attaquer aux différents travaux du sol qui vont nous emmener jusqu’au printemps…

« Aaaaah je ne bois que du Bordeaux ! Les rouges de Loire sont des p’tits vins ! « 

 

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Alors, bon. Oui, on a le droit de préférer le Bordeaux. Je bois du Bordeaux, et j’aime ça. Mais les vins rouges de Loire ont changés et ils sont bons aujourd’hui ! C’est vrai qu’à une époque, je pense aux années 60-70, même au début des années 80, les rouges étaient mal faits, mal travaillés. Mais cette époque est révolue.

Un peu d’histoire: l’Anjou est une région viticole historiquement réputée pour les rosés. C’est en effet la seule région de France à produire des vins rosés demi secs d’appellations, le Rosé d’Anjou et le Cabernet d’Anjou. Ces vins, très techniques à réaliser, sont obtenus après un blocage de la fermentation alcoolique, afin de conserver des sucres résiduels non transformés en alcool dans le vin. Grâce à ce procédé de vinification, les vins sont sucrés. (et parfaits l’été bien frais à l’apéro avec du melon et du prosciutto)

De plus, la production des rosés est majoritaire dans la région. Elle représente une quantité bien plus importante que les blancs, les rouges et les bulles. Il faut dire que les cépages utilisés pour l’élaboration des rosés ont de gros rendements (ils donnent beaucoup de raisins), à savoir le grolleau, le gamay, le pineau d’aunis, le cabernet franc.

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Mais nos autres vins ne sont pas en reste ! Je parlerai des blancs dans un autre article, mais concernant les rouges, il y a de quoi faire.

L’Anjou rouge représente plus de 1000 hectares de vignes: c’est un vin simple, fruité et léger, qui est parfait pour tous les jours, sans fioritures. Cette AOC couvre un grande partie de l’Anjou.

Et puis, il existe des AOC plus confidentielles, comme l’Anjou Villages Brissac, qui compte une centaine d’hectares de vignes, située sur quelques communes au terroir précis, avec un sol de schiste ardoisier. Ce sont des vins plus structurés, qui se marient à la perfection avec des gibiers de retour de chasse !

Quoiqu’il en soit, ces vins rouges sont aujourd’hui bien travaillés, maîtrisés, équilibrés, grâce aux nombreux progrès qui ont été faits ces dernières années en terme de vinification, aux cuves inox permettant contrôle et maîtrise sur les températures et les arômes, et aussi grâce au travail des œnologues,qui conseillent les vignerons tout au long de l’année. (En goûtant les cuves, et en élaborant des assemblages cohérents…)

Nos vins ont donc gagné en qualité.

Alors continuez à boire du Bordeaux, mais pensez aux rouges de Loire !

 

 

 

Noël, c’est dans un mois

Ah ben ça on est au courant ! Déjà pléthore de décos de Noël dans les boutiques, et les  cabanes en bois vont pas tarder à pointer le bout de leur nez dans nos centre-ville, avec leurs sempiternels bracelets en bois et verres de vin chaud à la cannelle… (aucune ironie là-dedans)

Qui dit fêtes de fin d’année, dit VINS. Bulles à l’apéro, Rouge structuré pour aller parfaitement avec l’agneau de Mamie, Blanc moelleux avec la bûche… attention aux mélanges.

Alors pour y voir un peu plus clair, si on parlait accords mets/vins ? Même si la seule règle est celle du PLAISIR (je ne le répèterai jamais assez) il faut néanmoins garder en tête quelques conseils pleins de bon sens.

Il vaut mieux commencer par un blanc moelleux type Coteaux de l’Aubance, Coteaux du Layon, Bonnezeaux, Quart de Chaume pour l’apéritif. Ces vins étant très concentrés en sucre, et très aromatiques, il serait déjà dommage d’attendre le dessert pour en profiter, mais surtout vous savez aussi bien que moi qu’à la fin du repas, le palais est déjà bien éprouvé. Le blanc moelleux est donc idéal pour se mettre en bouche, avec quelques jolis toasts de foie gras et un chutney de figues (je dis ça…)

Ensuite, il faut essayer de faire ça:

  • Même couleur dans le verre et dans l’assiette (meilleur indicateur du monde)
  • Harmonie de textures et de saveurs
  • Cohérence âge des plats et des vins (ex: le rosé va très bien avec la pizza, un médoc 1999 ira parfaitement avec un bœuf bourguignon…)

EN GROS: on essaie dans la mesure du possible de ne pas boire de rouge avec le poisson. Le poisson ainsi que les fruits de mer c’est le blanc SEC qui convient le mieux, dans 99.9% des cas (Muscadet, Savennières, pour ne citer qu’eux…)

En revanche, les autres blancs secs vont très bien avec certaines viandes blanches à la crème. Il faut dans ce cas choisir un vin qui a eu un élevage long en fût de chêne, ce qui amène de la rondeur.

Et pour les belles pièces de viande rouge, il faut des beaux vins rouges. Attention aux textures, comme l’agneau: privilégiez des rouges plutôt souples, avec des tannins soyeux. Pour les viandes plus fortes comme les gibiers, choisissez des rouges plus structurés.

Pour le dessert, je suis une partisane des bulles ! Parce que c’est festif, parce que ça fait digérer, parce que ça veut dire qu’on va pas tarder à ouvrir les cadeaux au pied du sapin ! Les bulles, ça va avec tout ! Et ça met de bonne humeur…

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Quand j’entends « Vous pouvez demander au vigneron de venir ? « 

Que je réponds: « C’est pour acheter du vin ? Je peux m’occuper de vous ? »

Et qu’on me répond: « Non, justement.. je préférerais voir le patron »

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C’est difficile de se faire une place dans un milieu d’hommes. C’est le cas dans bon nombre de secteurs d’activités. Le vin en fait partie. Une femme commerciale en vins ? Une vigneronne ? Une caviste ? Une maître de chai ? Toutes ces femmes ont dû et doivent se battre pour exister.

Je pourrais vous balancer ici un florilège de phrases entendues depuis que je travaille dans un domaine viticole. J’ai choisi de n’en citer qu’une. Celle du titre de cet article. Si révélatrice…

Même si, grâce aux nouvelles générations, les mentalités et les comportements évoluent, il y a encore BEAUCOUP de progrès à faire. Pour encore beaucoup trop d’hommes, les femmes n’ont rien à faire dans le vin, n’y connaissent rien, ne sont pas légitimes. Bref, elles feraient mieux d’aller timbrer des enveloppes dans le bureau et de ne pas trop la ramener, sous peine de se faire taxer de féministe, ou de chienne de garde.

Pourquoi ce rejet ? Pourquoi ce mépris ? Tout simplement parce que le vin a été un sujet exclusivement masculin pendant des siècles et des siècles, et qu’il est rarement admis qu’une femme puisse faire aussi bien, sinon mieux qu’eux… Malgré les études, malgré le courage, malgré la ténacité, certaines abandonnent parfois. Et certaines continuent, avec force et confiance.

Heureusement, il y a Women do Wine. Une association qui hausse la voix, fait du bien, et et met en avant les femmes qui « font » le vin

Allez voir ici: http://www.vinetsociete.fr/magazine/article/women-do-wine-coup-de-projecteur-sur-les-femmes-du-vin

 

Mille excuses (bis) donc Deux Mille excuses

C’est la deuxième fois que je m’excuse pour avoir manqué de temps à vous abreuver d’articles. J’espère que vous ne m’en voulez pas. C’est par peur de la sanction de mon  meilleur ami Thibault que j’écris fébrilement ce nouvel article, sous une pression considérable. Il m’écrit régulièrement des sms de menace pour me rappeler que JE DOIS écrire régulièrement, et il a raison. Je précise que Thibault est caviste au 107bis à Paris 18, si vous voulez aller lui acheter une bouteille. Il sera content. Vous le reconnaîtrez facilement, il a beaucoup de cheveux.

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Moi, sous la menace…

ET SI ON COMMENÇAIT PAR UNE (ou deux) BONNEs NOUVELLEs ? Allons-y.

Le super patron du domaine des deux  moulins, qui a aussi eu la patience d’être mon maître de stage pendant 6  mois, vient de m’offrir le job de mes rêves : je suis responsable de la partie oenotourisme au Domaine depuis le 1er septembre ! (et accessoirement, je suis aussi commerciale…)

Les études sont donc finies, et bien finies, puisque j’ai terminé l’année avec 14 de moyenne générale. Quand je pense que j’ai eu mon bac  grâce aux points de mon option danse… la vie est rigolote parfois.

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AUTANT VOUS DIRE QUE CA FAIT UN MOIS QUE JE FÊTE TOUT CA ET QUE MON TAUX D’ALCOOLÉMIE NE DESCEND PAS !

On peut clôturer la « minute mégalo » et passer aux choses sérieuses.

Donc l’aventure continue, prenant une tout autre tournure.

Il y a un an, j’étais quasiment incapable de faire la différence entre un cabernet franc et un cabernet sauvignon. Je ne savais pas ce qu’était un assemblage, ni une macération carbonique. Je ne connaissais pas les sols, les cailloux, et autres roches où poussent le vin. Je me trompais entre une AOC et un cépage. « Ah c’est un Chardonnay !!! Super appellation ! » MAIS TAIS-TOI ! Roooh.

Même si le plus important dans le vin reste la notion de plaisir, il faut quand même s’y connaître. On  n’attrape pas les mouches avec du vinaigre.

J’ai remarqué que plus je rajoutais de détails lors de mes dégustations, plus le vin plaisait. Les gens ont besoin qu’on leur raconte une histoire. Celle du vigneron, celle de la commune, celle de l’étiquette de la bouteille… le vin est un formidable point de départ. A partir de lui, on peut parler de tout ce qu’on veut. Et comme je parle beaucoup, ça m’arrange.

Ma mère me raconte souvent que quand j’étais petite, je parlais en permanence, même seule et qu’on ne m’écoutait pas toujours. J’ai enfin trouvé un métier où je pouvais me laisser aller à mon penchant naturel ! QUELLE CHANCE ! Évidemment, comme je suis grande, je parle mieux et plus distinctement, et il paraît que j’apprends des choses aux autres. Ben dites-donc…

Comme j’ai encore des tas de choses à vous raconter, et que je ne veux pas que ce billet ressemble à une chambre d’ado pas rangée, je vais terminer par un petit point sur les vendanges et le millésime 2017, et après je vous laisserai m’attendre quelques jours pour le prochain petit mot !

Alors, comme vous le savez grâce à un précédent article, le gel a été ravageur partout en France en avril. Nous savions que la récolte allait être faible, mais lorsque les vendanges ont débuté, nous avons reçu un sacré coup de massue : il manque 50% des grappes, et ce un peu partout dans le paysage viticole français, de Savennières jusqu’à Chablis, en passant par Bordeaux.

 

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Tête des vignerons le 1er septembre

Le millésime 2017 sera cependant de qualité, et de très belle qualité car les conditions météo ont été optimales après l’épisode de gel (j’entends par là une subtile alternance de pluie et de soleil), et que nous avons choyé nos souches intactes, mais il sera rare. Heureusement que nous avons encore du stock des années précédentes dans nos caves…Il faudra néanmoins faire très attention pendant toute l’année 2018, et ne pas vendre n’importe comment. Et si jamais le gel revient l’année prochaine, on ira allumer des bougies à 3h du matin si il faut.

J’invite tout le monde à venir déguster nos premiers vins sortis de cuves dès le mois de décembre (ce seront les rosés) au Domaine des Deux Moulins à Juigné sur Loire ! (ne venez pas tous en même temps quand même)

Plus d’infos sur le domaine ici: https://www.facebook.com/Domaine-des-Deux-Moulins-129328683902800/?fref=ts

Camille

 

Ah bon ? Il y a des vignes à quelques kilomètres d’Angers ?

Cet article va traiter d’un sujet qui me met en colère. Attention, ça va chauffer.

Figurez-vous que je m’aperçois depuis quelques temps que bon nombre d’angevins ne sont pas au courant qu’il y a des vignes à une poignée de kilomètres de chez eux. La faute à qui ? En premier lieu, quand on fait la tournée des bars et restos, peu ou pas de vins d’Anjou à la carte. Il y a du St Nicolas de Bourgueil et du Champigny, mais ce sont des appellations plus éloignées. Pas assez locales.  On a parfois la chance d’apercevoir un Savennières ou un Coteaux de l’Aubance sur une carte des vins, mais c’est trop rare.

D’autre part, la signalétique au départ d’Angers vers les communes productrices de vins est quasiment inexistante. On se contente d’indiquer les domaines à l’entrée des communes. Pas suffisant. Tout le monde sait que les gens ont besoin d’être aiguillés. Voir pris par la main…

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Donc, l’oenotourisme ne marche pas encore avec la population locale. Ceux et celles qui se déplacent chez nous pour visiter des domaines, dormir dans des chambres d’hôtes, et participer à des événements autour du vin viennent d’autres régions ! Principalement la Bretagne et la Normandie. (les pauvres, ils n’ont que du cidre chez eux, on les comprend, et on a une pensée pour eux…)

Tous les acteurs du tourisme et de la viticulture doivent s’organiser et travailler ensemble, main dans la main, afin de capter ce segment: les locaux. Il y a bon nombre de trentenaires oenophiles qui traînent dans les bars le soir, et qui ne demandent qu’à changer d’environnement et venir guincher chez les vignerons. Pour le moment, ce sont plutôt les personnes âgées qui se déplacent localement dans les domaines car ils ont du temps et de l’argent. Il faut maintenant aller chercher les autres. Les faire venir. ET les faire revenir régulièrement, en imaginant des concepts créatifs autour de la vigne et du vin. (soirées à thèmes, rando nocturnes etc…)

L’Anjou est une région magnifique, riche, chaleureuse, remplie de témoignages patrimoniaux, et de vestiges historiques. Le vin peut être la porte d’entrée pour découvrir et aimer le territoire. Il est temps d’avancer sur ce sujet, de proposer, d’innover, bref de construire.

 

 

Le gel, ennemi public numéro 1

On avait été épargnés l’année dernière, et on a laissé ça aux autres. Cette année, la nature nous a donné une bonne leçon:  nous sommes seuls face aux éléments, et le vigneron n’a d’autre choix que de scruter le ciel. La dernière semaine d’avril 2017  restera un souvenir épouvantable dans la mémoire de tous les vignerons français. Ici, en Anjou, et plus particulièrement sur les aires d’appellations Aubance / Brissac, le gel a détruit complétement certaines parcelles. Les bourgeons qui avaient eu le malheur de sortir précocement se sont vus figés par le froid. Nous sommes descendus jusqu’à -4. Les pauvres petits ne pouvaient pas lutter. Évidemment, toute la récolte 2017 ne sera pas perdue. Le froid tueur nous a laissé quelques rangs à choyer jusqu’aux prochaines vendanges.

Ici et là, lors de réunions entre vignerons, tout le monde se pose la même question, timidement: « T’as gelé toi ? A combien ?  » Difficile d’estimer pour l’instant, on parle de 20%, 30%, parfois plus. Certains producteurs comptent sur leurs stocks des années précédentes, pas tous. Pour les débutants qui se lancent, c’est un véritable coup dur. Pas de stock pour assurer la commercialisation, pas d’assurance car beaucoup trop onéreuse, et beaucoup de dettes en vue.

Mais le tempérament d’ici ne se prête pas à l’apitoiement. La vie continue. On ébourgeonnera moins, en laissant les souches faire ce qu’elles peuvent avec ce qu’elles ont. Et puis, on peut déboucher une bonne bouteille, pour se réchauffer un peu le moral.

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Bourgeon gelé

 

Mille excuses

Cela fait un mois que je n’ai rien publié, et c’est très mal. Je vous présente mes excuses les plus plates.

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Je reviens néanmoins avec une excellente nouvelle, j’ai visité beaucoup de domaines viticoles ces dernières semaines, et aujourd’hui j’ai très envie de vous parler de celui-ci: le domaine Fournier-Longchamps, à Rochefort sur Loire, dans la très belle vallée du Layon. Mais si, vous savez ! Dans le Layon sont produits certains des vins les plus prestigieux du Val de Loire, comme le Savennières, ou le Quart de Chaume.

Le domaine FL, c’est une ambiance « comme à la maison » voulue par les proprios, des espaces chaleureux qui rassurent, et un panorama à couper le souffle sur la vallée (qui est inscrite au Patrimoine Mondial de l’UNESCO).

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En plus d’offrir une jolie carte des vins, et un cadre exceptionnel, le domaine vient tout juste de mettre en place des activités oenotouristiques originales, à des prix abordables. Dégustations commentées, balades dans les vignes, cours de cuisine, goûter vigneron…

Ce qui m’amène à la conclusion suivante: en Anjou, il y en a pour tout le monde. Du plus simple caveau de dégustation où le vigneron, bottes boueuses aux pieds et sécateur dans la main vous expliquera autour d’un verre pourquoi le millésime 2016 sera de qualité malgré le gel,  jusqu’au domaine plus raffiné, où vous serez reçus à la fois par le vigneron, mais aussi par un chef étoilé ou un sommelier de renom qui se feront un plaisir de vous apprendre à accorder les produits locaux avec les vins locaux.

Nous approchons du printemps, la vigne va se transformer, les paysages aussi… Venez me voir, et je serai votre guide !

 

Quand j’entends  » je préfère le vin bio, y’a pas de soufre dedans ! « 

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Oui ça m’énerve. Prodigieusement. Et je vais vous expliquer pourquoi. D’abord, parce que qui dit bio ne dit pas forcément sans soufre ou sans traitement. C’est faux. Le soufre est sans doute le meilleur allié du vigneron car il favorise la production d’un vin sain.Parmi ses nombreuses vertus, la première est qu’il est antioxydant. Comme le vin est un produit instable, sans soufre il perd rapidement sa saveur, sa couleur, ses arômes. Et puis on s’en sert depuis l’Antiquité romaine pour préserver la qualité du vin…

Ensuite, parce que je ne veux pas prendre parti. Je ne rentrerai pas dans ce jeu. Je ne suis pas pour les vins bio, ou les vins biodynamiques, au même titre que je ne suis pas plus fan de Françoise Hardy que de France Gall. C’est un sujet sur lequel nous sommes tous divisés, et on pourrait en parler pendant des heures.

Je suis pour les BONS vins. Les vins de qualité. Les vins faits avec passion, et amour. Pourquoi devrait-on forcément DÉCIDER quel type de vins on DOIT boire ? Pourquoi bouder les vins non-bios, qui parfois sont plus proches de l’environnement que les bios ? Ben oui. Il y a pléthore de vignerons non labellisés bio qui sont soucieux de l’approche environnementale, qui ne traite pas à tout va, qui font des expériences pour améliorer leurs techniques etc… Je refuse de croire que si c’est bio c’est forcément meilleur. Il faut toujours regarder de plus près.

Loin d’être simplement un effet de mode, le dogme du « tout sain, tout beau, tout bio » touche aujourd’hui une large partie de la population. Les gens veulent savoir ce qu’ils mangent, comment c’est fabriqué, et dans quelles conditions. Soit. Je fais gaffe aussi, je n’achète pas de poulet élevé en batterie, et je bannis les gâteaux fabriqués avec de l’huile de palme. (c’est tout en fait) Mais j’essaie de garder un peu de bon sens. N’a -t-on pas appris récemment que certains aliments bio n’étaient pas si bio que ça ?  Le tout, c’est de savoir ce que l’on achète. Et c’est pareil pour le vin. Quand on achète son Bag In Box ou son carton chez le vigneron en direct, on peut poser toutes les questions de la terre. Et oui. Les vignerons adorent parler de leur travail, en long et en large, surtout en Anjou, c’est bien pour ça que je ne rentre jamais à l’heure à la maison…

Alors plutôt que de bannir tous les vins non-bios, il faut ALLER VOIR SUR PLACE. Et rien ne vous empêche ensuite de préférer un autre domaine, une autre culture, une autre approche. Mais laissez-les vous expliquer.

Et si jamais le sujet vous intéresse, voici le point de vue plein de jugeote de Daniel Macault, mon patron, et vigneron de référence.

Régulièrement, je suis interrogé sur notre certification bio, ou non. Pour information, qui dit bio ne dit pas forcément moins ou pas de traitement. Par définition toute mise en culture est artificielle. Le développement de l’agriculture biologique permet de tester une autre approche de la viticulture, sans pour autant répondre à tous les enjeux du métier de vigneron.
Plusieurs raisons technico-économiques m’incitent à ne pas appliquer le cahier des charges AB. Je ne suis pas convaincu que le fait de cultiver en AB soit obligatoirement bénéfique pour l’environnement. L’utilisation exclusive du cuivre et du soufre sur une longue période n’est pas sans conséquence sur nos sols. Le Cahier des charges AB ne prend pas en compte la consommation d’énergie, d’eau, le traitement des déchets liés à notre activité, la sécurité et le confort de travail des personnels, l’équilibre économique du Domaine …
Il n’est pas non plus question pour moi de me contenter d’appliquer une culture raisonnée uniquement basée sur l’utilisation de produits de synthèse, sans autres questions.
En bref, je ne veux pas m’enfermer dans un système qui pourrait mettre en péril la qualité ou la quantité de récolte, la sécurité ou l’environnement. C’est comme si, pour la santé humaine, on décrétait que l’homéopathie était la seule voie possible en interdisant l’allopathie ou inversement.
Le vignoble n’est pas conduit en Agriculture Biologique, toutefois l’environnement est une de mes priorités. J’ai choisi de prendre dans chaque système les méthodes et techniques les plus adaptées aux problèmes rencontrés, aux contraintes économiques, ainsi qu’à la sécurité de mes équipes.
Depuis de nombreuses années, le domaine fait parti du réseau DEPHY, groupe de travail sous contrôle d’un technicien de la chambre d’agriculture qui a pour objectif d’expérimenter grandeur nature de nouvelles approches culturales. Ces dernières années nous avons ainsi pu mettre en œuvre :
La réduction de doses de produits phytosanitaires (optidose)
L’arrêt total des traitements acaricides
L’arrêt progressif des insecticides
L’abandon des désherbants de pré-levée
Diminution des désherbants de post-levée
L’abandon progressif des engrais chimiques au profit du fumier de cheval.
Le suivi des populations de vers de terre, et autres auxiliaires
Tout au long de la saison, lorsqu’il est nécessaire de réaliser un traitement, je privilégie les traitements phytosanitaires homologués AB. Cependant, si nos indicateurs sont en risque fort , concernant l’apparition de maladies, je choisis le produit le plus adapté, même si c’est un produit de synthèse, pour préserver le potentiel de récolte.